Ushuaia...Ville mythique soit disant au bout du monde...
L'ambiance d'une ville de pionniers isolee au bout du continent, est un cliche perime. Nous pensions bien que ces lieux etaient touristiques, mais pas a ce point. Et le bout du monde se transforme pour nous en galere. Lors de notre arrivee a 16h, nous voici partis pour 4 heures de recherche, dans tous les coins et les recoins d'Ushuaia, pour tenter de denicher une chambre... Tous les hotels et guest houses sont pleins... Nous poussons les velos sur les pentes des rues, enfourchons ces derniers pour nous rendre plus loin, frappons desesperemment aux portes des hotels qui affichent complet. Nous finissons par nous poser dans la rue... Resterons nous sdf a Ushuaia?
Nous trouvons enfin une petite chambre a plus de 20h00... Quatre heures depensees en futilite dans ces lieux, ou tout bon touriste qui se respecte reserve longtemps a l'avance sa chambrette. Voyageant a velo, nous ne pouvons, et ne voulons pas suivre cette meme logique qui consiste a tout planifier a l'avance car nous voulons garder une certaine liberte, et ne pas faire de ce voyage un programme quadrille...
Toujours est-il que nous touchons rapidement du doigt quelle va etre l'ambiance du lieu, et celle-ci n'a rien pour nous rejouir! Nous nous sentons en decallage avec ce qui nous entourre, surtout apres avoir passe six jours a pedaler dans la pampa, loin de tout. Le bout du monde est en fait plein de monde... Nous sommes frappes par la quantite de touristes qui circulent et s'affairent dans la ville, a la recherche du plus beau pinguoin en peluche! Nous nous retrouvons meme dans les embouteillages...
Nous comprenons bien vite qu'a Ushuaia il n'y a pas de place pour les voyageurs de notre espece et qu'il nous sera difficile de realiser ce que l'on souhaite. En effet, notre premiere idee etait de venir jusqu'a Ushuaia pour prendre un bateau et traverser le canal Beagel pour se rendre en face sur l'ile Navarrino, du cote chilien, pour y randonner quelques jours. Nous revions ensuite de prendre un ferry depuis Puerto Williams pour revenir a Punta Arenas. Ce dernier navigant sur le canal de Beagle, et s'enfoncant dans de nombreux fjords, bordes par des glaciers se jettant dans la mer.
Malheureusement, la concurence touristique entre le chili et l'argentine a rendu la traversee entre Ushuaia et Puerto Williams tres difficile. Les Argentins n'ayant aucune envie de laisser les touristes dans une ville plus au sud que la leur! Du coup une seule compagnie assure ponctuellement se trajet et pratique des prix dementiels (150$ pour 15km et 20minutes de traversee...). Evidemment nous ne voulons en aucun cas rentrer dans ce piege touristique. Nous decidons donc de chercher sur le port de plaisance des proprietaires d'un bateau particulier qui seraient en partance pour Puerto Williams, et qui voudraient bien nous y deposer. Par chance nous rencontrons Anke et Martin, deux allemands en voyage en voilier depuis plus de deux ans avec qui nous sympathisons et qui acceptent de nous traverser. Nous repartons du port le sourire aux levres, en pensant quitter Ushuaia a la voile et aux cinq heures de traversee qui nous attendent...
Mais, maintenant que ce premier probleme est solutionne il nous reste a reserver le ferry qui part chaque samedi de Puerto Williams pour rentrer a Punta Arenas. La deception est a son comble quand nous apprenons que le ferry est complet pour les 15 prochains jours... 3 jours de recherche et d'efforts pour rien...
Du coup, plus de bateau a voile, plus de randonnee, plus de ferry, plus de glaciers ni de fjords... La decouverte de la terre de feu par la mer tombe a l'eau... Mais nous sommes toujours a Ushuaia, ville piege! Nous commencons a nous demander ce que nous sommes venus faire dans cette trappe d'ou il est difficile de s'echapper... Ne souhaitant pas refaire la meme route a velo nous finissons, depites, dans une agence pour acheter des billets de bus a destination de Punta Arenas, pour avoir enfin la securite de pouvoir partir d'ici! Nous aurons l'agreable surprise de decouvrir qu'il nous faut attendre 1 semaine pour obtenir une place dans un bus... Nous nous posons des questions lorsque nous prenons conscience que de nombreux bus arrivent tous les jours a Ushuaia, mais que pour repartir tout parait beaucoup plus difficile... Nous comprenons qu'ici tout est fait pour que les gens restent dans la ville le plus longtemps possible, pour faire tourner l'industrie touristique. Tout y est etrangement et commercialement pense...Nous avons l'impression d'etre a Disney Land!!! C'est ici la fin d'un monde tranquille, et le debut d'un monde commercial. Et nous detestons cette sensation d'etre pris au piege.
Malgre toutes nos deceptions, Ushuaia est l'occasion de retrouver nos amis cyclistes de tous horizons: Nous retrouvons avec joie Helmut et Katrin, croises au Perou, et d'autres cyclistes rencontres ces derniers jours. Finalement, c'est sur le ponton du port que nous passons le plus de temps et les meilleurs moments.
Entoures de voyageurs a la voile, c'est le seul lieu de la ville ou nous nous sentons bien. Nous y faisons des rencontres fort sympathiques. Eric, un skipper francais nous invite a visiter son voilier, et a y prendre un cafe, quelques instants avant son depart pour l'Antartique (Pour ceux qui veulent rever d'horizons glaces, voici le
site du bateau Vaihere d'Eric) . Du bout du ponton nous les voyons lever l'ancre...
Un brin d'envie nous envahit... Nous serions bien restes sur le bateau... Nous retournons plusieurs fois sur le bateau de Anke et Martin qui partent les prochains jours pour le cap horn. Nous rencontrons Laure et Fred, avec qui les soirees de discussion et d'echange sont tres agreables.
Et toute cette chaleur humaine-la, nous ne l'achetons pas, même si tout s'achete a Ushuaia!!!